Interview de Thierry Barré

Interview de Thierry Barré

Thierry Barré est arrivé en tête du classement de notre concours photo “MacroNature vous expose au festival de Montier-en-Der. Sa photo du guêpier prise en plein vol avec une libellule au bec a littéralement fait chavirer nos cœurs.

À l’unanimité nous avions attribué à cette photo une note de 10/10.

Commençons par une rapide présentation. Qui es-tu donc ?

Breton de naissance et de cœur, je suis Ardéchois d’adoption depuis plus de 30 ans…(D’ou mon pseudo Glenan07 > Archipel des Iles Glenan)

Après un passage dans l’enseignement et l’éducation spécialisée en foyer, j’ai créé mon entreprise de bâtiment en 1987, et fermée fin 2014.

J’ai 56 ans et suis actuellement en “congé sabbatique”  de transition vers une autre orientation, à temps partiel et plus cool (un projet autour de la photo, pourquoi pas).

Mon épouse est professeur de Latin et créatrice de splendides objets en poterie Raku, j’ai 2 grands enfants, garçon de 21 et fille de 23 ans.

Portrait de Thierry Barré

Comment es-tu venu à la photo ?

C’était il y a très longtemps, dans mon petit village, dans la 2ème partie du XXème siècle, quand j’avais 15, 16 ans, on avait au choix :

– Dehors : foot ou foot,

– Dedans : une petite Maison des Jeunes et de la Culture en préfabriqué, avec 1 table de ping-pong, une guitare et un labo photo NB, j’ai donc fait foot, ping-pong, guitare et photo !

J’ai d’abord fait de la photo en touriste, jusqu’en 2008, où j’ai offert un compact Lumix TZ3 à mon épouse. J’ai fini par me l’approprier, et c’est là que j’ai vraiment commencé la photo.

En 2009, je découvre un forum photo généraliste, à l’époque très actif pour la macro photo (beaucoup se souviennent de Virus Photo, avant que MacroNature ne soit créé). Là, j’ai fait beaucoup de rencontres et d’expérimentations, ça partait dans tous les sens ! J’ai fait de la photo de collision de gouttes, et macro traditionnelle.

J’ai beaucoup appris en macro, je citerai El Justino (qui nous a malheureusement quitté), Fabien Bravin, et j’ai fait la connaissance de Gil Gautier que j’ai invité à exposer à Annonay, au Festival Printemps de l’Image et de la Photo. J’avais bien reniflé le talent !

Mes obligations professionnelles et familiales ne m’ont pas toujours laissé le temps de me consacrer à mon loisir, je pratique la photographie, en dents de scie depuis 5 ans. Ayant plus de temps cette année, j’ai pu me consacrer à un vrai projet : photographier des guêpiers, un des plus beaux oiseaux présents en France.

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Cette image est issue d’une série de photos, raconte-nous comment tu en es venue à faire ces photos ? Et quelles ont été tes plus grandes difficultés ?

Cela faisait 2 ans que j’en cherchais. J’en avais déjà trouvé, mais dans des endroits inaccessibles ou non affutables. C’est lors d’une sortie VTT/Photo que j’ai fini par en apercevoir. J’ai fini par trouver le terrain où ils nichaient, environ 12 couples.

L’une des difficultés a été de trouver les proprios autour du terrain pour leur demander le passage, car dans l’arboriculture, ils sont pointilleux. J’ai dû expliquer pourquoi je veux faire des photos… (oui, pourquoi !?) Ils ont été plutôt compréhensifs, ça ne s’est pas trop mal passé avec eux.

J’ai ensuite fais plusieurs sorties d’approche et d’observation à 50 m, 40 m, 30 m. Sur le terrain : examiner les lieux : le terrain était en pente, avec des arbres, des arbustes, des taillis, des obstacles. Je devais essayer de trouver un point combinant distance aux nids, perchoirs proches et pas trop moches. Je devais aussi prendre en considération l’ angle du soleil qui change au cours de la journée, l’avoir toujours soit de côté, soit dans le dos, tout en ayant un bokeh potable (type prairie grillée par le soleil).

“Ce fut un véritable casse-tête chinois”

Je devais aussi comprendre comment cette joyeuse bande est organisée : repérage des nids et des couples les plus actifs, habitudes en fonction de la période, parade nuptiale, couvaison, nourrissage et bien d’autres. J’étais en pleine période de nourrissage, une activité intense régnait. Sur certains nids, un juvénile vient aider à nourrir les petits. Au plus fort de l’activité, moins de 5 min séparait l’arrivée du mâle ou de la femelle avec une proie pour les oisillons, ça volait dans tous les sens, sans tenir compte de ma présence.

Guepier avec une libellule

La négociation était serrée avec les guêpiers (enfin leur représentant syndical : la CGT, Confédération des Guêpiers Travailleurs) pour qu’ils acceptent de bien vouloir me faire des figures en venant vers moi de face ou de trois quarts …. J’ai eu des passages à 2 m de l’affut, des posés à moins de 5 m. Même sans faire de photo, le spectacle était épatant !
Bref ce fut un véritable casse-tête chinois, il m’a fallu parfois 2 heures de réglages pour trouver les bons angles et réglages, avant le premier clic.

Je me suis bricolé une tente affut avec une micro tente-abri de plage, recouverte d’un filet de camouflage…Je devais déterminer les possibilités d’affuts en fonction de l’orientation du soleil, et des ses positions en fonction de la journée, du bokeh voulu, parfois mise en place d’un perchoir, compter environ 1 h 30 entre la marche d’approche, la mise en place, le retour au calme du site, et la première photo… En tout, c’est environ 15 journées d’affut sur 5 semaines entre mi-juin et juillet, température entre 33 et 38°, jusqu’au départ des petits du nid…

J’ai hâte d’être à la saison prochaine pour revoir ce magnifique spectacle et surtout de pouvoir observer les parades nuptiales, car cette année, j’ai commencé un peu tard !

Duo de Guepier

Sur ces 15 jours d’observations, raconte-nous ton beau souvenir ?

Ça a d’abord été la sensation de victoire et de travail accompli que j’ai eu en visionnant ma première série de « bonnes photos » à 18 heures. Tu fais défiler tes photos sur l’écran de l’appareil, tu grossis au max, tout est OK, le fond d’œil de l’oiseau est net, tu te dis : c’est bon ça ! Après 6 heures à crever de chaud, voici la récompense ! Là je me suis dit que j’avais vraiment de la chance de pouvoir vivre ça, c’est un grand privilège  !!!

Mais pour être sincère, toute la saison est un meilleur souvenir, il n’y a pas un instant qui n’a pas été agréable ! C’est impossible de traduire par écrit la jubilation que l’on a à se retrouver complètement immergé dans un ballet aérien permanent de 25-30 oiseaux qui viennent se poser parfois à 4 mètres, qui frôlent l’affut en vol à 60 km/heure, ou qui se posent carrément dessus !!

Deux Guepiers

Le rapport à la nature, c’est quelque chose qui se vit et qui se partage…l’émotion, elle, est sur le terrain : silence, brume, bruissement, cris, envols, approches discrètes de félin …
Comment décrire le bonheur d’être seul ? J’aime la solitude dans ces moments là ! Être bien accompagné, c’est bien aussi, mais je ne l’ai pas encore vécu ! j’aime être dans ces zones sauvages, les 100 ou 500 hectares où l’on sait qu’on ne va croiser personne, cette sensation d’être « into the wild » …relatif bien sûr… !

“Le rapport à la nature, c’est quelque chose qui se vit et qui se partage…l’émotion, elle, est sur le terrain”

Les heures d’affut et de billebaude dans cette solitude et tranquillité sont aussi pour moi, un moment d’introspection et de méditation tendant à m’apporter la « zénitude ». Plusieurs expériences que j’ai eues peuvent approcher ce type de bonheur :

  • Le silence et l’immensité du désert (Sahara, Ténéré)
  • La plongée sous-marine (on quitte le monde réel, pour plonger en soi-même)
  • La macrophotographie : une expérience similaire à la plongée pour moi…on part dans un autre monde, un micromonde, on sort du réel…

Guepier Pano

Sur tes photos on voit que ces oiseaux ont souvent un insecte au bec, pourquoi ne les mangent-ils pas tout de suite ? Que font-ils avec ?

On se trouve en période de nourrissage intensif, donc, ce sont les proies capturées pour nourrir les oisillons, parfois, ils gardent la proie pour eux-mêmes. En période de nourrissage, c’est un ballet incessant, moins de 5 minutes entre chaque rotation, toute la journée, c’est un travail colossal, je ne sais pas pourquoi parfois ils attendent avec leur proie dans le bec. Dans le cas des guêpes et abeilles, il va frapper l’insecte sur une surface dure pour enlever le dard, avant de le manger. Un seul guêpier peut consommer jusqu’à 250 abeilles par jour. Pour les libellules, je l’ignore !

Dans ta région, ou ailleurs, y a-t-il un sujet que tu rêves de photographier ?

Pour le moment, je souhaite photographier les animaux de la réserve naturelle proche de mon domicile, géré par une association, dont je fais maintenant partie, Amis de l’île de la Platière  avec à la clé, une participation active à la protection de l’île, à des actions en faveur des oiseaux, insectes et mammifères qui la peuple.

Donc actuellement je recherche de bonnes photos de martins-pêcheurs, de hérons cendrés ou pourprés et de combat en vol de hérons (déjà photographié, mais de trop loin, qualité trop faible), également des espèces plus difficiles comme le butor étoilé et, top du top, un balbuzard pêcheur en action de pêche !! mais là, il ne faut pas trop rêver !

guepier au vol

Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à un débutant en photo animalière ?

Je me considère moi-même comme un débutant en photo animalière !!!

Je lui conseillerais, en premier lieu, de participer à un bon forum type Macronature pour les critiques et les conseils qu’il pourrait lui apporter.

Je pense qu’il ne faut pas trop se disperser au début, se fixer 2/3 espèces réalistes, qui existent en quantité, dans un lieu proche de chez soi. Se faire la main par exemple sur des canards, ceux qui ne sont pas trop farouches car nourris par les promeneurs, permet de se familiariser avec les réglages du boitier/objo, et ce n’est déjà pas si facile !

Une fois qu’on maitrise bien son matériel, éventuellement faire un stage avec un bon pro, avec Gil Gautier en Rhône-Alpes par exemple. C’est un homme respectueux et passionné par la nature qui réalise des photos extraordinaires !! Perso, c’est ma meilleure influence à l’heure actuelle !

 

Son FlickR

 

 

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Un Commentaire

  1. Bouillet
    14 juillet 2017 at 9 h 51 min

    Bonjour Thierry
    Je vous vois souvent sous votre affût et je suis content aujourd’hui de voir le résultat ! On m’avait donné votre nom mais je n’ai jamais trop osé vous envoyer un mail. Mais après une petite recherche j’ai vu votre travail et je voulais vous en féliciter c’est du bel ouvrage.
    Un jour peut être on aura l’occasion de deviser, qui sait, en attendant continuez de nous faire rêver.
    Jeff


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